Acouphènes

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Les acouphènes sont perçus dans l’oreille ou dans la tête comme un son de tonalité grave ou aiguë dont l’intensité est variable pouvant aller de 10 à 30 dB (décibels) voir 70 à 80 dB (pour mémoire, 20 dB correspondent à une voix chuchotée, 120 dB à un marteau-piqueur).

Ils sont observées dans environ 15 % de la population dont seulement 20 % les décrivent comme gênants.

 

Van Gogh souffrait-il d’acouphènes ? D’après l’Histoire, ce célèbre peintre se serait coupé l’oreille, tant les acouphènes étaient devenus insupportables. Une autre version plaiderait plutôt sur la présence d’hallucinations auditives dans un contexte de psychose.

  • Les acouphènes objectifs

Les acouphènes sont objectifs c’est-à-dire audibles au stéthoscope dans environ 5 % des cas. Ils sont calqués sur les battements cardiaques et il faudra dans ce contexte éliminer une maladie des carotides par des examens d’imagerie (echodoppler et angio IRM cervicaux). 

La majorité des acouphènes soit environ 95 % d’entre eux sont des acouphènes subjectifs. C’est-à-dire qu’ils sont décrits par le patient mais ne peuvent pas être entendus par le praticien. Leur apparition peut-être brutale ou progressive et les acouphènes peuvent être perçus d’un des deux côtés.

Différentes causes peuvent être identifiés (médicamenteuse, par traumatisme sonore, mécanique par une atteinte du conduit auditif externe et/ou de l’oreille moyenne). 

Il reste que dans un grand nombre de cas, aucune cause n’est identifiée mais une surdité peut être associée.

  • Les acouphènes pulsatiles

Ils sont ressenties par le patient comme ayant un caractère battant souvent rythmé par les battements cardiaques. Comme mentionné plus haut, certains peuvent avoir une origine vasculaire.

Il conviendra d’examiner le conduit auditif externe afin d’éliminer tout obstacle (morceau de coton-tige, bouchon de cérumen, embout d’appareil auditif ...)


 

L’étude du tympan permettra de s’assurer de l’absence de liquide derrière le tympan (otite séreuse et séro-muqueuse, saignement rétro tympanique par traumatisme ou tumeur vasculaire beaucoup plus rarement). 

Enfin il ne faudra pas également méconnaître la possibilité de malformations vasculaires au contact du nerf auditif qui seront identifiées par une IRM cérébrale.

  • Les acouphènes non pulsatiles

Parmi les acouphènes non pulsatiles, l’analyse du tympan pourra identifier une perforation, une otite chronique plus agressive par rétraction du tympan voire un cholestéatome (dite aussi otite chronique dangereuse). 

 

 

 

 

Le test audiométrique systématiquement réalisé dans le contexte d’acouphènes pourra faire suspecter une anomalie de la chaîne ossiculaire (destruction d’un ou de plusieurs osselets, blocage d’un osselet particulièrement dans le contexte d’une otospongiose, rupture traumatique de la chaîne des osselets). Enfin en fonction des caractéristiques de l’acouphène, selon les résultats des tests audiométriques et la présence de troubles de l’équilibre, l’examen pourra être complété par la réalisation d’une I.R.M. cérébrale à la recherche d’une pathologie tumorale d’un nerf acoustique notamment par un neurinome de l’acoustique.

Le bilan d’un acouphène nécessitera donc systématiquement un examen O.R.L. se portant sur l’oreille mais également sur d’autres origines notamment l’articulation de la mâchoire, un bilan audiométrie et en fonction des constatations, des examens d’imagerie.

Dans la majorité des acouphènes, aucune cause n’est identifiée. L’acouphène reste subjectif. Son retentissement est difficile à évaluer car très variable d’un patient à l’autre. Des échelles ont pu être établies afin d’apprécier leur intensité mais les résultats sont le plus souvent rapportés en fonction du ressenti émotionnel du patient plus que de la réelle intensité de l’acouphène.

  • Quel est l’origine de ces acouphènes ?

Une première origine pourrait se trouver dans la cochlée (organe de l’oreille interne) par  une hyperactivité des cellules ciliées de cet organe mais sans intervention de stimulus externe.

Une autre origine serait située au niveau du cerveau. En effet lorsque l’acouphène est associé à une surdité, le cerveau ne recevant plus d’informations agirait en compensant le déficit auditif en créant des «sons fantômes». Une analogie peut être fait avec les «douleurs fantômes» apparues après l’amputation d’un membre.

Les études par imagerie du cerveau par résonance magnifique fonctionnelles ont permis de mettre en évidence une corrélation entre certaines aires cérébrales notamment de l’attention et des émotions et les aires auditives. L’intensité de cette activité serait corrélée à l’intensité des acouphènes. De plus les études ont pu mettre en évidence des conflits entre certaines aires du cerveau chez les patient porteur d’un acouphène. Ainsi le patient acouphénique présenterait des difficultés à se concentrer. À l’inverse distraire la vision du patient pourrait contribuer à réduire son acouphène

La participation du cerveau dans un contexte d’acouphènes est donc primordiale.

  • Quelle solution peut-on proposer aux patients ?

Avant tout il s’agira de rassurer le patient. L’examen clinique et audiométrique éventuellement un bilan d’imagerie aideront le praticien à expliquer aux patients que ses acouphènes ne sont le plus souvent pas liés à une pathologie grave.

*** Les techniques d’habituation consistent à détourner l’attention du patient de ses acouphènes. Cela contribuera à réduire le stress est à apprendre au cerveau à intégrer ce son un peu à la manière des bruits de vêtements inaudible par le patient sur son corps lorsqu’il se déplace. Communément le docteur Ayache emploie le terme de la «technique du seau» . Enfouir cet acouphène va permettre au patient de prendre conscience qu’il doit au maximum ne pas fixer son attention sur cet acouphène en l’enfouissant au plus profond afin qu’il baisse en intensité contribuant ainsi à réduire le stress cérébral et à inverser le cercle vicieux : moins de stress - moins d’acouphènes.

Dans certaines situations des techniques complémentaires vont permettre d’aider le patient : sophrologie, hypnose, acupuncture, thérapie comportementale aideront le patient à prendre conscience de la nécessité de cette technique consistant à habituer le cerveau à ce son.

*** Les traitement médicamenteux par anxiolytiques et antidépresseurs ont une efficacité faible ou nulle. La maladie de Ménière est un cas particulier pour lequel un traitement médicamenteux existe. L’acouphène est dans cette maladie un symptôme d’accompagnement.

*** L’appareillage auditif va intervenir en amplifiant les sons environnants contribuant ainsi à couvrir l’acouphène. Cette amplification peut se faire sur la fréquence spécifique de cet acouphène. L’appareillage va nécessiter une rééducation du cerveau après de nombreux mois avant d’obtenir un début d’efficacité. Dans tous les cas, l’appareillage auditif impose d’être porté en permanence excepté pour la baignade et le coucher. 

Dans certaines situations, un système permettant à l’appareil de générer un bruit perturbant la perception de l’acouphène peut être envisagé.Il s’agit de la «Tinnitus Retraining Therapy»

Des systèmes annexes peuvent être proposés au patient s’il est notamment gêné en début de nuit. Des bruiteurs de table produisant des sons neutres (eau, vent, mer) ainsi que des haut-parleurs placés sous son oreiller aideront à l’endormissement. En cas d’insomnie, une autre cause que l’acouphène devra être identifiée, cette cause pouvant d’ailleurs aussi majorer son intensité.

*** Les technique de stimulation électrique

Le principe consiste à envoyer des informations au cerveau en stimulant le cortex cérébral et à brouiller son activité.

La stimulation peut être réalisée au niveau de l’oreille (conduit auditif externe, oreille moyenne, oreille interne) ou au niveau du cerveau (par des implants du tronc cérébral ou placés en regard du cortex cérébral soir par stimulation trans-crânienne soit par des implants placé au contact du cerveau).

Ces techniques de stimulation électrique cérébrale peuvent être invasives et font l’objet de voies de recherche. 

Des implants sont placées entre l’os du crâne et l’enveloppe du cerveau. Ils sont reliés à une batterie placée dans la région sus-claviculaire. 

Un autre type est la stimulation magnétique trans-crânienne. Elle consiste à utiliser une bobine magnétique qui crée un courant électrique envoyé directement vers le cortex cérébral. Les résultats sont variables avec des patients totalement satisfaits, partiellement satisfaits ou non satisfaits.

*** D’autres voies de recherches sont en cours

– Implantation de sonde à micro canaux permettant l’utilisation de neurotransmetteurs

– Stimulation du nerf pneumogastrique par implantation d’une électrode dans le cou

– Utilisation d’une molécule bloqueuse de certains récepteurs de la cochlée (oreille interne )

Les acouphènes sont donc une pathologie très fréquente. Ils nécessitent un bilan afin d’éliminer une maladie sous-jacente. Une fois le patient rassuré de nombreuses possibilités sont offertes afin de réduire la perception de ce son perçu par le patient et parfois très invalidant. De nombreuses recherches thérapeutiques sont en cours.